18 mai 2011

RAWHIDE (saison 1, épisode 1)

rawhide_vache   Poursuivant ma quête eastwoodienne à travers la lecture de la biographie de Clint Eastwood par P. Mc Gilligan je parcours les heures post-galères de sa vie où, enfin remarqué après de nombreuses figurations pas toujours glorieuses, l'acteur atteint le climax télévisuel avec la série Rawhide qui comptera 217 épisodes.

   Persuadé depuis longtemps, et pour une raison qui m'est totalement inconnue, que cette série se déroulait pendant la Seconde Guerre Mondiale et que notre Clint incarnait un pilote d'avion (confusion improbable avec le nain de Robert Conrad), j'ai découvert avec effroi que Clint, mondialement reconnu comme la nouvelle incarnation du cow-boy après la mort (sur la toile) des immortels comme John Wayne, avait commencé sa carrière d'acteur de série par un western de facture classique où il interprète un (vrai) cow-boy. En gros, ce sont des gars qui guident des troupeaux de vaches à travers des milliers de kilomètres sur un territoires à perte de vue et qui rencontrent des tas de gens et il se passe des tas de trucs.

 

 Blondin avant Blondin

   Du coup, il me semblait a-bso-lu-ment nécessaire de voir le premier épisode de la première saison - qui en comptera huit - pour rencontrer un Eastwood à peine dégourdi de son école d'acteurs. Certes, cette série n'est pas franchement excitante eu égard à la maîtrise atteinte par les américains aujourd'hui dans l'art de la série mais l'intérêt aujourd'hui vient de deux observations qu'on ne peut faire qu'à présent. D'une part le jeu d'Eastwood au regard de ce qu'il est devenu et d'autre part ce qui est dit de furieusement progressiste dans ce premier épisode ! Si si, je vous assure !

rawhide1   Pour qui connaît Eastwood maintenant - mais qui ne le connaît pas ? - c'est une vraie surprise de le voir en second rôle car dans ce groupe de meneurs de bêtes, il est en quelque sorte le bras droit de Gil Favor (Eric Flemming), véritable chef et héros du groupe - et de la série. Pour un temps d'ailleurs car, in fine, le jeune crétin incarné par Eastwood va prendre une telle épaisseur que Flemming sera mis de côté. Donc, un second rôle, un jeunot impulsif qui ne dit pratiquement pas un mot et regarde les événements armé d'un sourire franc ou d'un air grave surjoué. Franchement, il est un peu pathétique, ne sait pas trop où se placer, et sa première vraie réplique intervient au bout de six minutes : une superbe blonde sort d'un wagon cellulaire (titre éponyme de l'épisode) et tous les vachers se marchent sur la langue Eastwood en tête qui souffle et se murmure à lui-même "J'lui porterais bien son dîner à celle-là". Mémorable. En fait, sa performance d'acteur tient surtout, au début, à sa grande agilité à cheval...

Le western c'est d'abord de la politique

  Les scénaristes concentrent dans ce premier opus les émois d'une démocratie qui a soif de toujours plus de libertés. Les années Eisenhower sont marqués par des avancées sociales importantes (dont les lois liées à la ségrégation raciale) mais ici, dans un second degré qui ne se dit qu'à peine, les héros de cet épisode - une bande de hors-la-loi (déserteur, assassin, femme de brigand, indien irrespectueux, trafiquant, etc.) - enfoncent le clou d'un désir de justice imminent.

   "Je veux être traité comme un être humain !" s'époumone un des prisonniers comme un leitmotiv. Ainsi, les personnages dénoncent la peine de mort, le manque de juges, les conditions d'incarcération déplorable, le droit de vote pour tous, l'inhumanité de l'armée ; ils défendent la liberté d'agir et de réfléchir, l'euthanasie, le pouvoir de s'échapper de sa médiocre condition, une justice humaine et éclairée. Bien entendu, ces hors-la-loi sont les premières victimes du système et rêvent de mieux pour eux mais la densité et la sincérité de leur plaidoyer servent assurément d'autres combats.

rawhide_fin   Les yeux dans un lointain qui ressemble à une prison, un des assassins répond au geôlier qui se plaint de l'entendre toujours raconter la même histoire : "Sans doute mais en racontant mon histoire, j'ai la sensation de m'évader..." L'utopie est encore ce qui reste de plus profondément ancré quand on a retiré à l'homme, bon ou mauvais, le peu de dignité qui lui restait. En face, shérif et héros de la série répondent d'une seule et même voix que la loi est la loi et qu'il faut la respecter. L'épisode s'achève dans un bain de sang d'où la justice ne sortira pas totalement immaculée. La condamnation à mort s'échappe des colts tirés toujours trop vite.

   Un monde sépare ce jeune Rowdy de l'homme sans nom des westerns de Sergio Leone. Il va mûrir, se taire, ralentir et se tatouer presque à jamais une identité visuelle - ce qui lui manquait jusqu'à lors.

   

   

Posté par thesharkisback à 18:00 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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Commentaires sur RAWHIDE (saison 1, épisode 1)

    ...j'expédie les affaires courantes de la maison et je me mets en quête très vite... à suivre...

    Posté par Hélène, 19 mai 2011 à 07:38 | | Répondre
  • Une passion singulière jumelle pour Eastwood ? Pour une anglophone/phile, ça coule de source

    Posté par Nicolas, 19 mai 2011 à 08:14 | | Répondre
  • Quelle déception! Moi qui te prenais pour un cinéphile averti... confondre Rawhide, série ô combien mythique (à défaut d'être excellente) avec une série sur la seconde guerre mondiale! Papa Schultz, peut-être?
    Je n'ai pas trouvé pire!

    En dehors de tout cela, félicitations et encouragements pour ce blog bien sympathique.

    Posté par Pascal, 24 mai 2011 à 02:19 | | Répondre
  • Problème de génération ?

    Je comprends ta déception : toi qui as vu la série au moment de sa diffusion aux États-Unis, tu es sensible à cette méprise de ma part... De mon côté, je penchais plus pour une confusion avec "Les têtes brûlées".
    Question de génération, sûrement.

    Posté par Nicolas, 25 mai 2011 à 14:18 | | Répondre
  • c'est petit

    Je trouve cela petit de ta part.
    Le lecteur non-averti pourrait prendre ton commentaire pour de l'impertinence juvénile mais nous savons bien qu'il s'agit de l'aigreur qui vient après la crise de la quarantaine.
    Pour info, je ne suis pas de la génération de Clint, ... en fait, c'est mon petit-neveu.

    Posté par Pascal, 25 mai 2011 à 23:14 | | Répondre
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