21 décembre 2011

THE FAST AND THE FURIOUS, Rob Cohen, 2001

   Yo, mec, aujourd'hui c'est The Fast And The Furious qui passe à la moulinette. Conseillé par un ami - dont je tairais le nom, pour lui et sa famille - j'ai eu l'occasion de découvrir deux chefs-d'oeuvre de la filmographie du héros Vin Diesel-le-bien-nommé : Pitch Black (D. Twohy, 2000) et sa suite (in)attendue The chronicles of Riddick (D. Twohy ,2004). Certes, il a été nominé pour un Razzie Award pour sa performance dans ce dernier opus - mais c'est un peu injuste car jouer dans un film avec des yeux crevés et du sang de serpent, c'est quand même pas hyper évident et en plus il n'a même pas gagné alors c'était pas la peine de s'acharner.
   Bref, ayant un peu de temps ces dernières semaines, j'ai décidé de mettre fin à une grande injustice : mon indifférence notable pour les films de voitures, de drifts et de cagoles humides sur fond de rap plus ou moins soft et de guerres de gangs.

   Où il est question de Lawrence d'Arabie

   Yo, l'histoire : c'est celle d'un jeune arrogant (Brian Spilner alias O'Connor interprété par Paul Walker) qui vient provoquer des plus costauds que lui (Dom Toretto interprété par Vin Diesel-le-bien-nommé), qui se prend une rouste, qui s'entraîne à conduire, et qui finit par les battre. Le padawan, dans le premier opus, c'est un jeune flic qui infiltre une bande de fous de rodéos automobiles en pleine ville. Il a pour mission de déterminer les vrais méchants qui détournent, avec leurs voitures de gymkhana, des camions remplis de combinés télé-magnétoscope Panasonic (bon, il y a dix ans, ça se détournait...). C'est dans ce cadre qu'il fait la rencontre édifiante avec notre héros - the true one - j'ai nommé Vin Diesel-le-bien-nommé.

   Bref, Dom, interprété par Vin Diesel - le-bien-nommé parce que son nom l'imposait comme héros d'une série "gasoline" - est le pilier (costaud) qui porte le film. Il est à la fois le mentor du bleu-bite, le patron philanthrope (euh... le mot n'est pas vraiment utilisé dans le film...), le grand-frère protecteur, l'amant torride, le fils blessé, le pote dont on rêve et le méchant (je ne gâche rien tellement c'est évident dès le début). Dom Toretto, alias Vin Diesel, c'est un peu les sept piliers de la sagesse chez les cailleras.

   Et puis il ya le reste, tous ces ingrédients qui donnent à ce plat un piment unique - jusqu'au Fast and Furious 5.

   Où il est question de Shakespeare

1_les chiennes

   "On dirait que ça sent... la chienne"
   (Letti, petit nez arrogant et une pincée de jalousie dans l'expression du visage et aussi, c'est important, elle est brune)

    Yo, les chiennes ! Dans cet univers du turbo et des pistons, la femme est une sorte d'accessoire de l'éponge ou de la brosse à lustrer, son faire-valoir en somme. Parfois, elle a le droit de s'asseoir dans la voiture, on l'appelle "option" au même titre qu'un GPS. Dans The Fast And The Furious, elle est souvent grande, blonde, incroyablement peu habillée, à forte poitrine (Poly Implant Prothèse ? aïe...) et aux airs singulièrements stupides.

   Evidemment, il y a deux exceptions : l'amante et la soeur. J'ai rien pour la mère. L'amante, c'est Letti (interprétée par Michelle Rodriguez, la flic fasciste de Lost), qui sent la chienne chez les blondes mais qui renifle comme telle à chaque apparition et qui adopte avec succès la testostérone-attitude, rivalisant de moiteur suante et collante et faussement lascive. La soeur, c'est Mia (interprétée par Jordana Brewster qui ne joue pas dans Lost mais dans As the world turns, une série diffusée de 1956 à 2010, yo, respect) et dont forcément le flic tombe amoureux immédiatement. En même temps, il y a de bonnes raisons : elle est très séduisante, elle est brune, c'est la soeur de celui qu'il veut approcher et les scénaristes ont dû étudier quelques passages de Roméo et Juliette au collège. Bref, on sent l'embrouille dès le départ.

   On regrettera cependant la courte vue des scénaristes qui n'ont pas joué sur la jalousie de Vince, un vieux pote secrètement amoureux de la soeur de son maître. Il y avait une tension dramatique à exacerber mais qui, in fine, n'est pas exploiter. Dommage.

   Où il est question de Molière

   2_les chiottes"Hé mec, où sont les chiottes ?"
   "Là-haut, dans le fond, sur ta droite."
   (Brian, une bière à la main à Dom qui regarde Letti au loin) 

    Yo, le dialogue ! La crise aura eu raison des scénaristes à mesure qu'on enquille les opus avec comme leitmotiv : moins de mots, plus de voitures. En même temps, c'est pas plus mal : le niveau est à la limite du second degré sans jamais y parvenir. Entre des balles vocales du genre "Ta conduite est nulle. Va falloir qu'on démonte tout le moteur et qu'on remplace les segments de piston que t'as grillés" et les tentatives pathétique de flow rap dans la version 2, on frise souvent le ridicule.

   J'ai noté, pourtant, une intertextualité assez intéressante entre la phrase mise en exergue et le "Il faut que j'aille pisser" (2Fast 2 furious, J. Singleton, 2003) et, surtout, la fonction performative du langage là où on ne l'attend pas forcément. Ici, l'information n'a aucune importance, ce qui est dit ne compte pas - franchement, on s'en fout de savoir qu'il a envie de pisser - mais ces deux phrases ont un effet immédiat et identique : la disparition à l'écran de celui qui parle, la sortie dans la coulisse, qu'on dirait. En général, un fondu peut faire l'affaire, un mouvement de caméra aussi. Mais là, les scénaristes ne sachant pas comment introduire la scène suivante, utilisent cet artifice trivial. Mais rendons hommage tout de même au travail d'écriture puisqu'on trouve chez Molière un bel écho où la vessie est encore au centre du problème : 
   "PIERROT : Je revians tout à l’heure, je m’en vas boire chopaine pour me rebouter tant soit peu de la fatigue que j’ai eue." (Dom Juan, Molière, Acte II, scène 2, 1665)

    Où il est question d'Elizabeth Taylor

3_Fisher   "Ouah, c'est une chouette baraque, mieux que la dernière que vous avez confisquée."
   "Ouais, elle est pas mal, c'est Eddie Fisher qui l'a fait construire pour Elizabeth Taylor dans les années 50."  

   Yo, la maison ! L'histoire se déroule dans une grande banlieue de Los Angeles, à quelques encâblures d'Hollywood, la production décide de faire un clin d'oeil au cinéma, sorte de mise en abyme, par le biais de cette grande villa confisquée par le FBI. Il existe des tas de sites qui répertorient des lieux de tournage mais en passant par l'architecte Eddie Fisher qui a dessiné cette maison, je suis tombé sur cette mine étonnamment fouillée à propos de quelques films, dont celui qui nous préoccupe. Ainsi, on apprend que la maison était située au 1261 Angelo Drive à Berverly Hills (mais qu'elle a été détruite en 2001). C'est dar, non ?

   http://www.seeing-stars.com/locations/FastAndFurious.shtml

   Où il est question de Dieu

4_la priere   "Merci de nous donner des systèmes N.O.S. avec injecteurs par conduits d'admission, des échangeurs de température gros volume, des turbos montés sur roulements et des ressorts de soupapes en titane. Merci. Amen." (prière de Jessy)

   Yo, la communauté ! Je passe sur le contenu de la prière tant les relations que chaque individu entretient avec Dieu & Cie sont une affaire personnelle. Ce qui est intéressant, c'est la personnalité de Dom qui, pour le coup porte bien son prénom. Dom apparaît comme le patriarche d'une communauté soudée par une croyance religieuse vernaculaire qui insuffle au personnage une dimension christique inattendue. La gestuelle de la scène offre une humanité, une dignité nouvelle, à Dom. On pourra aussi le trouver proche d'un Don Corleone, le paté de tête de cheval en moins.

   Associée à une culture urbaine que le film revendique, le rap accompagne ce mélange des ethnies qui montre un idéal de vie collective sans heurts où la guerre des gangs à laquelle on pourrait s'attendre n'a pas lieu.

   Où il est question de rédemption

7_La jetta de Jessy   Yo, les gamos ! Tu trouveras sur des tas de sites toutes les automobiles utilisées dans les films (et si tu veux les acheter pour ta console préférée, c'est là) et notamment celles dépucelées par des turbos turgescents et des arbres à cames érectifs. On notera d'ailleurs que les japonaises ont des moeurs plus légères se laissant faire plus docilement que les rares américaines déflorées. Mais c'est pas le plus intéressant.

   La vraie surprise qui "déchire tout et qui envoie du rêve" (spéciale dédicace à C.) c'est la Jetta de Jessy. J'ai cherché et je n'ai pas trouvé de voiture moins sexy, plus ringarde, plus hasbeen, plus moche que cette Golf trois corps que j'aurais pu croiser sur le parking de mon lycée, vaguement tunée par un élève de C.A.P. Mécanique Auto (1ère année) du lycée non loin. Mais tout s'explique par le fait que Jessy est le condamné : il s'effondre sur le trottoir, séché par une bastos, dans une effusion de hurlements, d'embrassades morbides et de regards empreints de vengeance. Ainsi, toute bonne histoire a besoin d'un personnage sacrificiel, de dégâts collatéraux. Ici frappé du sceau de la loose-attitude par le consubstantiel pathos matérialisé par la Jetta de Jessy, le personnage est foudroyé dans sa prime jeunesse mais la vengeance de sa mort sera la voie de la rédemption possible pour le héros hors-la-loi. Pas moins.

   Où il est question de Star Wars et de César

8_La plus grosse   Yo, j'en ai une plus grosse que toi mon pote ! Scène finale, le mentor et son élève, Yoda et Luke en somme, Dom et Brian dans leur caisse, alignés à un feu rouge, s'apprêtent à s'élancer sur les derniers 400 mètres du film, pour la dernière course (croit-on si on n'est pas au courant que le Fast and Furious 6 est sur les rails) L'enjeu est de taille - ou l'enjeu est la taille. Mais plus que ça, la dialectique qui se joue à cet instant relève plus d'un passé contre l'avenir, de l'Américaine contre la Japonaise, de l'expérience contre la fougue, du savoir contre l'intuition.

   Cette dernière scène incarne la conception d'une vie conçue comme une course contre la montre ne tenant qu'à un fil où tout est constamment remis en cause (le respect, le leadership, l'argent, l'amour,...). La fuite perpétuelle du héros devient un mode de vie pour son élève qui lui donnera la liberté de continuer cette course en franchissant, tel un Anakin, le Rubicon et le laissera échapper aux pouvoirs, à la loi de son pays parce que l'humanité de Dom touche Brian - et qu'en le laissant en fuite, on t'offre l'espoir de retrouver cette saine excitation spirituelle (c'est l'effet Diesel...) dans une suite attendue de la franchise.

 

PS : à l'heure où j'écris ces lignes, il me reste encore les épisodes 4 et 5 à voir. Je suis impatient.


Commentaires sur THE FAST AND THE FURIOUS, Rob Cohen, 2001

    courage

    Encore deux épisodes, courage!
    Mais attention à ne pas tomber dedans. Si tu continues sur cette pente dangereuse (car savonneuse), bientôt, nous te verrons la clé à mollette ou le tournevis à la main sur le parking de ton lycée, accompagné des CAP (2e année tout de même)mécanique Auto, pour tuner ta caisse.
    J'imagine déjà le Bidou dans quelques années, en bleu de travail, la bière à la main et les mains dans le cambouis, "pour faire comme papa".
    Heureusement, pendant ce temps, Marie fera la vaisselle et le ménage.
    Ouf, les vraies valeurs sont sauvegardées.

    Pascal

    Posté par Pascal, 21 décembre 2011 à 19:58 | | Répondre
  • Michel Rodriguez est bien moins sexy que sa soeur Michelle... enfin je dis ça, je dis rien hein ?

    Moi c'que je conseille ...

    Posté par Séb Hastien, 21 décembre 2011 à 23:35 | | Répondre
  • @ Pascal : reconnaissons à F&F certaines qualités tout de même et je revendique un certain goût pour ce genre de film.
    Et, mon Dieu, si mon fils rêve de devenir mécano, ça me fera faire des économies sur les révisions de ma bagnole. Et s'il a le temps, il s'occupera de ta Mégane que tu possèderas encore dans quinze ans parce que ton voyage aux States t'aura coûté un oeil et un bras (c'est moins cher Pont-Aven...)

    Posté par Nicolas, 22 décembre 2011 à 00:05 | | Répondre
  • @ Seb : j'ai redonné à Rodriguez son juste sexe mais on notera tout de même que le lapsus orthographique était aisé du seul fait de l'homosexualité de la dite Michelle

    Posté par Nicolas, 22 décembre 2011 à 00:25 | | Répondre
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